Période de sortie des bateaux &
Journée de la grue au YCB
Journée de la grue au YCB
Période de sortie des bateaux & Journée de la grue au YCB
Alors qu’octobre s’installe sur l’Ouest-de-l’Île, les érables qui bordent Lakeshore Road s’embrasent de leurs dernières couleurs, et les marins du Yacht Club de Beaconsfield entament ce rituel doux-amer qui marque la fin de chaque saison de voile : la mise à sec. Pour les membres les plus anciens du club — dont beaucoup gardent leur bateau dans le port du YCB depuis des décennies —, cette opération est à la fois un défi logistique et un adieu chargé d’émotion. Un adieu aux sorties matinales sur les eaux vastes et ouvertes du lac Saint-Louis, aux courses du mardi et du jeudi soir, aux longues soirées d’été passées à regarder le soleil se coucher derrière la rive de Châteauguay depuis la terrasse « Marinier » du club, qui surplombe le port.
Le compte à rebours avant le halage commence bien avant le jour du levage. Les membres expérimentés du YCB savent que la préparation est essentielle, et l’un des premiers points de la liste de contrôle est le berceau du bateau — ce cadre sur mesure en acier ou en bois qui soutiendra la coque pendant les longs mois d’hiver à venir. Les berceaux entreposés au chantier sont exposés à tout ce que l’hiver montréalais peut leur infliger : gelées intenses, fortes chutes de neige et les cycles brutaux de gel-dégel de mars qui causent des ravages tant sur le bois que sur le métal. Vérifier les berceaux bien à l’avance — idéalement quelques semaines avant la mise à sec — permet de disposer du temps nécessaire pour régler tout problème avant qu’il ne devienne urgent. Il faut inspecter les soudures, vérifier que le bois n’est pas pourri, remplacer le rembourrage usé et resserrer tous les boulons. Un berceau endommagé est un risque qu’aucun marin ne souhaite prendre lorsqu’une grande grue balance son bateau dans les airs.
Vient ensuite le mât. La plupart des voiliers du YCB sont équipés de mâts hauts et élancés qui ne peuvent tout simplement pas résister à un hiver montréalais. Les tempêtes de verglas — une particularité du climat québécois — peuvent recouvrir le gréement fixe de centaines de kilos de glace, et les vents soutenus qui balayent le lac Saint-Louis font d’un mât à étages un véritable danger. La descente du mât nécessite un travail minutieux : les drisses, les haubans et les étais doivent être étiquetés et enroulés, les barres de flèche retirées ou rembourrées, et les équipements électroniques comme les anémomètres et les antennes VHF démontés et rangés sous le pont. C’est un travail de longue haleine, mais les marins qui négligent cette étape commettent rarement deux fois la même erreur.
Le jour de la grue est l’un des grands spectacles de la saison du YCB. Une grande grue mobile arrive sur place, et le chantier s’anime tandis que les bateaux font la queue le long du quai pour être hissés. Les élingues sont soigneusement positionnées, et un à un, les voiliers s’élèvent hors du port — ruisselants, couverts d’algues sous la ligne de flottaison, paraissant soudain à la fois plus grands et plus vulnérables sur la terre ferme. La grue dépose délicatement chaque bateau sur son berceau, le personnel du club guide la coque en position, et les supports sont ajustés et verrouillés.
Une fois à quai sur la cale sèche du YCB — qui peut accueillir jusqu’à 80 bateaux —, la véritable préparation pour l’hiver commence. Les moteurs sont rincés et traités, les passe-coques fermés, les circuits d’eau vidangés et purgeurs. Les voiles sont démontées et entreposées à l’abri. Puis, enfin, on installe les bâches. Des bâches en polyéthylène bleues ou grises, tendues sur une armature de lattes de bois ou de tuyaux en PVC, solidement arrimées contre le vent du lac Saint-Louis et lestées au niveau de la jupe. Ce n’est pas très élégant — un chantier naval en hiver ne l’est jamais — mais c’est ce qui protège votre bateau bien-aimé de l’hiver montréalais.
En avril, lorsque la glace se retirera de l’embouchure du port et que les premiers marins courageux commenceront à parler du jour de la mise à l’eau, vous serez heureux d’avoir fait tout ce qu’il fallait.
